Histoire et patrimoine

Histoire:

SAILLY- EN - OSTREVENT. Salliacum, in pago Ostrevano (Olivier de Serres, Sceaux de Bourgogne, chartre 1176),  Sailly- sous- Bellonne.

Selon les titres anciens de l’abbaye de Marchiennes, ce village fut donné à Sainte Eusébie par le roi de France son parrain et fit partie de la dotation de ce monastère en 877.         
Sailly fut brûlé en grande partie en 1074. L’abbé Allard 1er fit dépouiller alors la châsse de la sainte enrichie d’or, d’argent et de pierreries qui se trouvait dans l’abbaye, et en distribua la valeur aux malheureux incendiés.
Les religieux de Marchiennes avaient à Sailly un gouverneur de leurs biens nommé Etienne. Un de ses parents avait donné toute sa fortune au monastère, puis il s’était fait religieux et y était mort. Etienne prétendit jouir de sa succession ; mais un jugement l’en priva. Irrité de cette mesure, il fit à l’abbaye tout le mal possible. A sa mort, quoique chef du village, les moines, en signe de mépris, le firent enterrer dans le cimetière commun. On craignait à Sailly une nouvelle irruption des pillards, les habitants réclamèrent des secours à Marchiennes et firent beaucoup d’instance pour obtenir le corps de sainte Eusébie, comme préservatif. Les moines accédèrent à cette prière, mais substituèrent au corps de la sainte celui de saint Donat, leur premier abbé. Pendant une procession faite dans le village, des cierges éteints par le vent furent miraculeusement rallumés par une flamme qui s’éleva de la châsse. Ce prodige fit impression à Guillaume d’Ipres, Bâtard de Flandres, qui occupait avec ses troupes le château de l’écluse ; le pillage cessa et, ajoute l’historien, les ennemis vinrent jusqu’à apporter leur offrande au saint.
Mais après la soumission, Saint Donat fut reportée à Marchiennes, suivant les ordres de l’abbé Amand. Les alliés en furent instruits et revinrent aussitôt à Sailly, dont les malheureux habitants furent taillés, dépouillés et oppressés de toute manière. Hugues d’Oisy était alors avoué à Sailly. (Dutilloeul, Petites histoires). La terre de Sailly fut confirmée à l’abbaye de Marchiennes par un diplôme de Baudoin de Lille en 1046, et par un acte de Philippe d’Alsace du 26 avril 1176. La comtesse Jeanne en 1234, Thomas de Savoie en 1239, et la comtesse Marguerite en 1246, confirmèrent aussi la propriété de Sailly à l’abbaye. Le vivier nommé les Brognes de Sailly, fut cédé en 1101 par Henri, abbé de St Vaast, à l’évêque Lambert. Cette cession fut confirmée par le pape Eugène III en 1152.
Les français commandés par François de Coligny, seigneur Andelot, colonel général de l’infanterie, père du malheureux Lionnel de Coligny, massacré à la Sainte Barthélemy, pillèrent le village de Sailly le 15 août 1520.
Lors du siège d’Arras de 1640, le maréchal de la Meilleraie établit ses quartiers entre Douai et Cambrai près du village de Sailly. Après son départ, il fut suivi par le général espagnol Lamboi, qui établit son camp au milieu des marais de Sailly ; mais le maréchal vint l’attaquer dans ses retranchements. Les espagnols furent culbutés et remplirent les fossés de leurs morts. Toutefois les Français durent se retirer devant l’artillerie ennemie postée sur les bords de la rivière, emmenant 4 cornettes et 4 drapeaux. (D’Héricourt. Siége d’Arras).
Sailly est situé sur un petit ruisseau du même nom qui séparait l’Ostrevent de l’Artois et par lequel les alliés, durant le siège de Douai en 1710, faisaient couler les eaux de la Scarpe dans la Sensée. La terre de Sailly avait titre de marquisat ; la coutume du lieu fut rédigée en 1507. 
 
Au bas de Sailly, se trouvait jadis au milieu du marais un fort en terre environné d’eau, et inabordable de tous côtés. On plaçait  sur cette élévation des troupes en temps de guerre, pour être maître des eaux et de la rivière. Ce fort, qui protégeait le château de l’Ecluse, distant à peu près d’une lieue, fut tour-à-tour pris et repris par les alliés. 
Les Français le perdirent en 1710 ; avant de s’en emparer, la troupe ennemie, composée en grande partie de huguenots campés dans le village, brûla la maison de l’école, pilla l’église et enleva les trois cloches.
La pauvreté de St Omes possédait à Sailly des biens que lui avait donnés l’évêque Christophe de France.

L'église Saint Albin


Cet édifice de style néo-gothique, construit de 1929 à 1932, est l’œuvre des architectes Mulard et Marc Corkell. Il est orné d’un important ensemble de vitraux financés par les fidèles et exécutés vers 1932 par G. Janin. Le Maître d’œuvre du décor vitré fut l’abbé Jules Corroyer, curé actif et dévoué qui dirigea la paroisse de 1911 à 1961. On le trouve représenté en Bon Pasteur sur un vitrail réalisé ultérieurement et situé au mur ouest du transept nord (baie 5). Le programme iconographique est consacré à la personne du Christ et à ses enseignements ; chaque scène est accompagnée d’une citation tirée des évangiles. Un vitrail fait toutefois exception. Dans le transept, face à la Crucifixion qui occupe le mur sud, la grande verrière du mur nord retrace le martyre de la sainte locale, sœur Cordule. Née à Sailly en Ostrevent le 23 avril 1750 sous le nom de Jeanne Louise Barré, celle-ci avait fait profession chez les Ursulines le 20 janvier 1777. La scène représente sa décapitation à Valenciennes avec dix autres de ses compagnes le 23 octobre 1794. Sa béatification ordonnée par Benoît XV le 13 juin 1920 donna lieu à une grande fête organisée dans la commune le 1er mai 1921. Baie 0 : buste du Christ ; baie 1 : Christ et la Samaritaine ; baie 2 : Christ donnant l’hostie à un enfant ; baie 3 : Martyre des onze bienheureuses Ursulines de Valenciennes…* ; Baie 4 : Crucifixion ; baie 6 : Discours de saint Pierre (comme la baie 5 signalées ci-dessus, cette verrière est postérieure à la seconde guerre mondiale ; on ne connaît pas l’auteur de ces deux œuvres) ; baie 7 : Jugement dernier ; baie 8 : Parabole du riche et de Lazare ; baie 9 : Jésus chez Marthe et Marie ; baie 10 : Sermon sur la Montagne ; baie 11 : Parabole du jeune homme riche ; baie 12 : Jésus bénissant les enfants ; baie 13, 15 : grisailles ; baie 14 : Entretien du Christ avec Nicodème.

 

Chapelle Notre Dame de Pitié


Sur l’emplacement actuel la première chapelle fut érigée en 1604 mais la date de 1610 est portée sur l’édifice.  Une nouvelle fut construite en 1806, dans les premières années de la reprise du culte après la Révolution. Un pèlerinage est attesté dans la deuxième moitié du siècle dernier, mais la chapelle, bien que fréquentée, tombe de vétusté en 1870. Le 3 septembre 1871, l’abbé Havet trouve l’argent nécessaire pour une reconstruction Il fait élever «un bijou d’art gothique»   qui sera béni le 28 septembre 1873, fête de N.D. des Sept Douleurs. Le bâtiment disparaît pendant la première guerre mondiale. Une chapelle provisoire est rebâtie en 1920, mais il faut attendre 1934 pour retrouver, sur l’ancien emplacement, le grand sanctuaire qui sera béni le 16 septembre de la même année, par le chamoine Laigle, ancien curé de Sailly. 

N.D. de Pitié qui a toujours su renaître de ses ruines, est ouverte aux passants. La grande Piéta de l’autel reste vénérée, et les bancs invitent le visiteur à un moment de réflexion en ce lieu marqué par les pèlerinages et les rassemblements.

 

Les vitraux par Georges Janin (1884-1955)


Fils du verrier nancéien Joseph Janin (1851-1910), Georges succède à son père à la tête de l’atelier fondé en 1835 par Victor Hoener. De 1912 à 1921 il est associé à Joseph Benoît, puis les deux hommes poursuivent leurs activités séparément. Le vitrail religieux domine la production de l’entreprise au cours des années qui suivent la guerre. Janin partage avec Benoît et la maison Champigneulles la moitié des chantiers de reconstruction dirigés par la coopérative diocésaine de Meurthe-et-Moselle. Sa contribution au décor vitré des églises du Pas-de-Calais s’inscrit dans une période très courte. De 1930 à 1932, il vitre partiellement ou complètement neuf édifices ; les réalisations les plus importantes sont celles de Bienvillers-au-Bois, Haplincourt et Sailly en Ostrevent. Les commandes proviennent exclusivement du clergé. Janin est avec Jacques Gruber et quelques autres verriers, une des personnalités marquantes du milieu artistiques nancéien. Ses vitraux civils témoignent de recherches originales. Il se livre à des essais d’inspiration cubiste : en 1926 un vitrail d’exposition intitulé Les sept péchés capitaux (Nancy, immeuble privé), montre une jeune femme nue aux formes géométriquement décomposées. Les effets inédits de matière l’intéressent également. Un ensemble de style Art Déco réalisé en 1927-1928 pour le siège de la Fédération patronale des boulanger-pâtissier à Nancy associe aux verres américains, antiques et mécaniques, des morceaux de miroir et des éléments métalliques incrustés dans le plomb. Dans le domaine de l’art sacré, l’artiste se montre plus routinier, soucieux de répondre aux goûts de la clientèle ecclésiastique. Tout au plus se contente-t-il d’introduire dans les motifs figurés des fonds de vitrerie à motifs géométriques, comme à Mercatel et à Haplincourt. Cette production comme celle de J. Benoît s’inscrit dans la mouvance de l’Art Nouveau. Le dessin simplifié des formes qu’accusent les plombs et d’épais traits noirs est le même que celui de son ancien collaborateur. La ressemblance toutefois s’arrête au graphisme. Janin témoigne d’une prédilection pour les compositions calmes et aérées qui tranchent avec les ordonnances complexes, volontiers baroques de son confrère. La principale différence réside dans la gamme de teintes acides employées par Janin, qui procurent aux vitraux une limpidité et une fraîcheur lumineuse incomparable.

 

Les Sept Bonnettes


C’est à Sailly que se trouvent les fameuses pierres dites Les sept Bonnettes de Sailly, nous relaterons ici textuellement l’intéressante description qu’en a faite M. Harbaville dans son mémorial historique. « Aux confins du territoire, vers le sud, sur une éminence dont les pentes sont douces et régulières, s’élève un cône tronqué de la forme elliptique, ayant environ 120 pas de circuit à la base et 30 au sommet, et 10 pas de rampe bien gazonné. Au sommet se trouve un cercle druidique formé de six pierres ayant 1 mètre hors de terre, et espacées entr’elles de 2 mètres ; une septième pierre a existé au milieu du cercle à la distance de 2 mètres et demi de chacune des autres. L’excavation qu’elle a laissée a 90 centimètres de profondeur. Ces pierres en grès bruts ont 34 centimètres de largeur. Elles sont grossièrement entaillées dans une partie de leur épaisseur, de manière à former en haut un rebord qui surplombe de 10 à 12 centimètres en dedans du cercle. La pierre du milieu ayant été enlevée depuis un temps immémorial, on dit qu’on en replaça une autre qui disparut la même nuit. Il y a environ quinze ans, on entreprit de fouiller cette butte par le côté, dans l’espérance d’y trouver des trésors ; mais force fut d’y renoncer, car la nuit suivante les ouvriers furent troublés chez eux par des apparitions, des visions effrayantes, et aucun d’eux ne voulut continuer l’œuvre de profanation. La terre de la butte n’est pas tirée du sol qui l’avoisine ; on m’a fait remarquer avec mystère qu’elle n’a aucune analogie avec le terrain qui l’entoure ; qu’elle est de la plus mauvaise qualité et a dû être apportée de loin. Le fait est singulier, mais il est réel : et, s’il faut tout dire, le diable passe pour avoir apporté les matériaux du tertre qui supporte les pierres dites les Sept Bonnettes de Sailly. Cette appellation est appuyée d’une légende qui a cours dans le pays. L’opinion que les pierres dont il s’agit soient un monument druidique n’est pas admise sans contestation. Quelques antiquaires pensent, avec sire Thomas Philips, que cette butte est un tumulus gallo-celte, renfermant sept tombeaux. D’autres voient dans la position des pierres l’indice que le tertre a été simplement un signal. Il est vrai que dans les siècles reculés, on signalait l’approche de l’ennemi par des feux allumés sur des hauteurs dont plusieurs ont retenu le nom de Mont du Signal ; mais ici, rien ne justifie cette opinion, et le cercle de Sailly parait au contraire avoir une mystérieuse correspondance avec la colossale roche d’Epierre à l’Ecluse, et avec le dolmen de Hamel, près d’Arleux.

 

La légende des Sept Bonnettes


On raconte que sept jeunes filles, (ou peut-être bien six jeunes filles avec un violoniste) au mépris des saintes lois du dimanche, avaient l’habitude d’aller danser sur le monticule pendant les vêpres. En vain le curé avait prodigué les exhortations pour les en détourner, en vain les avait-il menacées des terribles jugements de Dieu, elles ne tinrent compte ni de ses avis, ni de ses menaces. Un jour de dimanche, elles y allèrent donc folâtrer selon leur coutume. Mais tout-à-coup, voilà que leur danse en rond est arrêtée, leurs têtes deviennent raides, leurs bras se collent à leur corps, leurs jambes s’enfoncent profondément dans le sol ; elles étaient changées en pierres . . . On accourut, on voulut les arracher de la terre, tout fut inutile. Une autre version dit qu’elles disparurent seulement, et qu’on ficha en terre sept pierres dans la position que chacune des pauvrettes avait occupée.»